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A écouter, lire et voir
Le 23 Avril 2007

Dans cette rubrique, l'Association se propose de recommander à ses adhérents et visiteurs, ses coups de coeur.


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Nous inaugurons cette rubrique par une artiste qui a choisi de mettre en musique quelques-uns des poèmes extraits de l'oeuvre de Remdan At Mensur.



Reprenant à son avantage le fait que les poèmes kabyles "ne sont pas composés en vue de la récitation mais en vue d'êtres chantés"(1) , Malika OUAHES redonne ici la vie aux chants traditionnels, dans un registre lyrique comme l'avait fait en son temps la grande Taos AMROUCHE.

En effet, le brillant travail de Malika Ouahès s'inscrit de notre point de vue, dans la continuité de l'oeuvre précurseur de Taos Amrouche en ce sens qu'elle met en lumière des chants traditionnels, à la différence près que Malika a préféré la mélodie à la monodie. Ce qui, du coup, rend les chants plus accessibles aux oreilles non exercées aux différents registres du répertoire lyrique.

On trouve dans cet album tous les styles de chants rattachés aux différents évènements de la vie, car chez les kabyles, "tous les gestes de la vie, toutes les cérémonies sont soutenues par le chant" (2). "Il n'est pas une seule nuance qui ne puisse s'unir harmonieusement avec un vers, une phrase musicale" disait Taos.

A ce titre (3), on trouve:

le style acueq (ou achoueq) auquel se rapportent les chants du foyer, les berceuses et les chants de l'exil par lequel d'ailleurs s'ouvre l'album "Ssiwed sslam" (écouter un extrait).
Le dernier titre est quant à lui, une très belle berceuse "Azuzen" (écouter un extrait)

le style ahiha, spécifique des chants du travail et de la meule.
Le huitième morceau est généralement chanté lors de la cueillette des olives "La nleqqed azemmur".

le style adekkar, pour les danses sacrées, les chants de processions ou les chants funèbres.
Le troisième morceau, "Ihallalen", nous rappelle avec beaucoup de nostalgie les nuits de Ramadhan où, enfants, nous étions réveillés par les chants de groupes de jeunes (justement appelés ihallalen, du verbe ahallal qui veut dire "chanter à haute voix"), qui parcouraient les ruelles du village pour réveiller les jeûneurs, afin qu'ils prennent le dernier repas avant le lever du soleil.

le style ammedah, pour les chants épiques ou de guerre, les chants satiriques, les grandes complaintes ainsi que pour les chants religieux.
Le cinquième morceau (une complainte) est un petit chef d'oeuvre "Saεid U Laεmara" (écouter un extrait).

le style tibuγarine, pour les chants de noces ou d'évènements festifs tels que la circoncision.
Les quatrième et dixième morceaux sont de très beaux chant de noces ("Bwiγ d lmesbeh" (extrait) et "Yehma umendayer is" (extrait).

Nous espérons que Malika ne s'arrêtera pas là et qu'elle nous gratifiera d'autres albums de même facture. Elle ravira, nous en sommes sûrs, tous les mélomanes.



Références bibliographiques:

(1) Yvette Grimaud, attachée de recherches au CNRS
Notice rédigée pour le disque Florilège de chants berbères de kabylie, Paris 1966

(2) Jean Amrouche, Chants berbères de Kabylie, Maxuala-Radès Tunis, Monomotapa, 1939

(3) Marguerite Taos Amrouche, Chants Berbères de Kabylie, Musique du Monde




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La deuxième artiste dont nous recommandons absolument l'album est Nadia At Mansur, tant cette jeune chanteuse remet à l'ordre du jour un style de chant indissociable de la vie spirituelle des kabyles qui est connu sous le vocable Adekkar ou ddkar.



Ce style décrit précédemment, est rattaché à une pratique religieuse qui a pris racine au Maghreb en général et en kabylie en particulier: Le soufisme.



Le soufisme (4) est la voie mystique de l'islam. Les soufis privilégient l'expérience personnelle par rapport à la démarche communautaire. Le Dieu que découvrent les soufis est un Dieu d'amour auquel on accède par amour.

"Qui connaît Dieu, l'aime; qui connaît le monde y renonce"

Ay ul leh'bab xelli ten (5)
Tsxilek ur ten id tsfekkir'
Ternud' atmaten edj iten
Wid i k ixedmen lxir'
Iusa d lh'ub ghur' R'ebbi
Wi iddan d Lleh d win axir'

Ô coeur abandonne les amis
De grâce n' y pense plus
Quitte également les frères
Ceux qui t'ont fait du bien
L'amour divin est arrivé
Le chemin de Dieu est le meilleur


L'islam a connu son expérience mystique dès le VIIIè siècle. Certains musulmans, voulant vivre la rencontre intérieure entre le croyant et son Dieu, vont se retirer au confins du désert, notamment en Syrie et en Égypte.

Les docteurs de la loi s'en méfient et s'en inquiètent. Ils y verront une déviation de l'islam, en tout cas celui de Mouhammad qui privilégie la communauté à l'individu alors que ces "soufis" (du nom de l'étoffe de laine -Souf en arabe- blanche dont ils se recouvrent) veulent atteindre le salut individuellement. On les appelait fakir ou derwiche qui désignent les pauvres en raison de l'état de dépouillement auquel ils s'astreignent.

Dans leur quête de Dieu, les soufis préconisent le détachement à l'égard des choses de la vie, le jeûne, le silence, la méditation (twehid Uxallaq), etc. autant d'éléments qui vont à l'encontre de la vie communautaire. Mais ce qui inquiète encore plus les docteurs de la loi, c'est la réunion des mystiques sous l'autorité d'un cheikh (Chikh ou Ccix en kabyle), un maître qui développe une liturgie qui lui est propre et des techniques de méditations particulières, ce qui met en péril leur autorité religieuse et leur compétence de théologiens. Leur méfiance est grande vis-à-vis de cette voie qu'il faut suivre pour atteindre l'union intime totale avec Dieu qui procure l'extase.

Ay idjj'an cbigh miâr'uf (5)
D uruz ay deg iteffer
Sebghegh talaba am zaâluk
S'ebh'egh am nuâ d amsafer
Rr'ay fkigh i R'ebbi
Akken i S ihwa isker

Oui, je ressemble à la chouette
Qui se cache au creux d'un arbre
J'ai teint ma robe comme un pèlerin
Je suis comme un vagabond
A Dieu je laisse toute décision
Je me soumets à tous Ses voeux


Cette approche se fait sous l'autorité d'un maître dont le rôle est fondamental dans l'initiation. Autour du maître, le Chikh, s'articule la hiérarchie des lieutenants, des disciples, des aspirants qui obéissent à une discipline stricte. Ainsi naît la confrérie (connue sous le nom de Zaouia en kabylie). Chaque confrérie a ses méthodes d'initiation, des points de repères mis en place par le maître. Cela peut être la prière, la méditation, la musique et la danse, le voyage...Le dhikr par exemple est une prière collective autour du maître qui consiste à réciter des louanges à Dieu.

INFLUENCE DU SOUFISME EN KABYLIE

Le soufisme par sa tolérance a très bien pris racine en kabylie. A ce titre, une grande confrérie, la Rahmaniyya (Tarahmanit en kabyle), organisée au XVIIIè siècle par un cheikh kabyle a suscité l'insurrection kabyle d'El Mokrani en 1870. Elle a par ailleurs engendré un grand personnage considéré comme un Saint, en la personne de chikh (Ccix) Muhand. Notre village lui a rendu hommage à travers un chant de procession dans le style adekker (6):

Le Chikh Mohand Ouel Hocine
Dont la piété embaume comme un grain d'ambre noir,
Disparut en allant à la source prier.
Ses fidèles se sont dit:
«Le lion l'a mangé»:
Mais lui, dans le secret, cheminait vers la Mecque;
Ceux qui l'ont rencontré sont venus témoigner.

Je le jure par la Grâce de Dieu,
- A moins que la mort ne m'ait pris -
(Il n'est pas d'autre Dieu qu'Allah.)
Je marcherai parmi les sables,
J'entrerai dans la mer aux poissons.
(Il n'est pas d'autre Dieu qu'Allah.)
Au pèlerinage de l'Hachimi,
J'apparaîtrai sur le seuil du prophète !
(Il n'est pas d'autre Dieu qu'Allah.)



Afin de pouvoir apprécier cette voix magnifique, nous vous invitons à écouter ces extraits des chansons composant l'album.

Ur Lliγ Je ne suis pas Extrait
A k Cekkreγ Louanges à Toi Extrait
Ul inu d ameksa Mon coeur est un berger Extrait
Urjiγ L'attente Extrait
Rebbi fellaγ d aεssas Le seigneur est notre gardien Extrait
Ddunit a tarju Le monde peut bien attendre Extrait
Tizerzert tawehcit La gazelle sauvage Extrait
Subbeγ Je suis descendue Extrait
Ala adγ aγ Rien qu'une pierre Extrait



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Références bibliographiques:

(4) Cyril Glassé, Dictionnaire encyclopédique de l'islam (Bordas, 1991)

(5) Remdan At Mensur, Isefra n at Zik, Poèmes kabyles d'antan, Editions Ibis 1998

(6) Taos Amrouche, Le Grain magique, contes, poèmes et proverbes berbères de kabylie, Maspero 1966
Jean Amrouche, Chants berbères de Kabylie, Maxuala-Radès Tunis, Monomotapa, 1939


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Les oeuvres présentées ici peuvent être obtenue auprès de ocoram@gmail.fr

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