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Tizi-Hibel : un village en Kabylie, une association à Paris
Le 23 Avril 2007

L'article suivant a paru dans le journal du 18ème arrondissement de Paris sous la plume de Marie-Pierre Larrivé

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L'association Tizi Hibel, qui a son siège dans le 18e, regroupe 300 familles immigrées en France, originaires de ce village de Kabylie. Tizi Hibel : 3000 habitants seulement, mais une riche histoire...

Un village de montagne en Kabylie, en plein Djurdjura, un village «dont les maisons s'agrippent l'une derrière l'autre sur le sommet d'une crête comme les gigantesques vertèbres d'un monstre préhistorique» : ainsi l'écrivain Mou-loud Feraoun décrivait-il Tizi Hibel, son village natal.
Mouloud Feraoun (1913-1962), l'auteur du Fils du pauvre, était né à Tizi Hibel (nom qui signifie "le col sauvage" en langue kabyle). Quelque trente ans plus tôt y était née également Fadhma Aïth Mansour Amrou-che, conteuse, gardienne des traditions, dont les enfants, Jean et Marguerite Taos Amrouche, tous deux écrivains (Taos étant également chanteuse), ont recueilli, traduit en français et popularisé les contes, proverbes et chants berbères appris de leur mère.
Terre de culture dans un cadre grandiose mais aussi terre de bergers et paysans pauvres, Tizi Hibel, 3 000 habitants, est depuis des lustres terre d'émigration vers la France et ses grandes villes. Actuellement, ce sont quelque trois cents familles - près de mille personnes - originaires de Tizi Hibel qui vivent en France, essentiellement en Ile-de-France et dans le Nord. Elles sont regroupées dans une association, l'association Tizi Hibel, basée dans le 18e arrondissement.

«L'immigration a commencé au début du XXe siècle. Au début, seuls les hommes partaient pour la France puis ils rentraient au pays. Depuis 1970, l'immigration est devenue familiale, des enfants sont nés en France. Les liens avec le village pouvaient se distendre, les traditions s'oublier. Aussi, les natifs de Tizi Hibel se sont regroupés d'abord dfaçon informelle - comme d'ailleurs l'ont fait maints natifs d'autres villages de Kabylie -puis en constituant une véritable association, une association loi 1901», raconte Boukhalfa Dehmous, président de l'association Tizi Hibel depuis sa création en 1987 et réélu chaque année en assemblée générale.
Le 18e, terre d'accueil
Habitant et travaillant dans le 18e - il vit dans le quartier Guy Môquet et il est gérant d'une société de télécoms à la Chapelle -, M. Dehmous, arrivé tout gamin en France, souligne l'importance du 18e pour l'immigration algérienne : «Là sont quelques-unes de nos racines. C'est là que les premiers émigrés se sont installés, là que pendant des années chaque nouvelle vague atterrissait, reçue d'abord chez les siens puis s'installant. Depuis, tout a un peu éclaté mais le 18e reste pour nous historique. C'est le centre, c'est le cœur de l'association Tizi Hibel, et une grande partie
des familles que nous regroupons y résident encore», dit-il.
Si le siège de l'association est rue Polonceau, elle n'a cependant pas pignon sur rue et elle recherche un local où elle puisse tenir permanence, où l'on puisse se réunir. Elle a intégré le collectif PUMA 18 ("pour une maison des associations dans le 18e") et espère que, l'union faisant la force, elle et les autres obtiendront cette maison tant attendue.
En attendant, Tizi Hibel fonctionne bel et bien, attachée à «promouvoir les relations entre ses membres et maintenir le lien entre les deux rives». Son objectif primordial est de contribuer à maintenir une cohésion, essentiellement vis-à-vis des jeunes nés en France, leur permettre de conserver la mémoire de leurs racines, leur langue, leur culture, leur musique : «Nous vivons en France, nous vivons français mais nous restons attachés à nos us et coutumes. Cela n 'exclut en rien l'ouverture et l'intégration et puis, vous savez, les villages kabyles, ce sont un peu comme les villages corses où l'on vit tous ensemble, se connaissant tous, et cela non plus, il président.
Maintien des liens au sein de la diaspora, organisation de soutien scolaire pour les jeunes qui en ont besoin, soutien affectif et psychologjque pour ceux qui souffriraient de solitude, l'association organise également chaque année au printemps une grande fête rassemblant les trois cents familles, une année en Ile-de-France une année dans le Nord.
Des projets pour le village
Maintien par ailleurs des liens avec le village : avec les cotisations de ses membres, l'association a monté plusieurs projets d'intérêt général comme l'installation d'un incinérateur d'ordures ménagères, un système d'adduction d'eau permettant à tous de disposer d'un robinet chez soi sans avoir à aller à la fontaine, l’achat de tenues pour l'équipe de foot, l’envoi de livres aux enfants de l'école du village... et une aide financière et matérielle pour le dernier retour au pays des défunts qui ont voulu être enterrés au village.
L'association Tizi Hibel a enfin un projet de création d'un journal relatant la vie d'ici et de là-bas, publié ici mais envoyé aussi là-bas.
Installés en France, nés en France retournent-ils parfois à Tizi Hibel ? «Bien sûr, souvent. Les anciens sont toujours nostalgiques et les jeunes venus au village une première fois comme ça, y sont si heureux… lance Boukhalfa Dehmous qui retrouve le lyrisme de Feraoun pour décrire sa Kabylie : l'air pur, les montagnes, des panoramas sauvages, un espace ouvert jusqu'à l'horizon éblouissant, verts les vallons, blanches les mon tagnes. Il y fait toujours beau, même l'hiver avec la neige sous le soleil. »



ASSOCIATION TIZI-HIBEL - MAISON DES ASSOCIATIONS DU 18 ème, 15 passage Ramey 75018 PARIS